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Conseil régional d'Aquitaine

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Culture et patrimoine

Version imprimable de cet article Prix littéraire François Mauriac

A l’occasion du 50e anniversaire de l’attribution du prix Nobel de littérature à François Mauriac, le Conseil régional d’Aquitaine a relancé le Prix littéraire François Mauriac en 2002.

Initié en 1985 par l’institution régionale, ce prix avait permis jusqu’en 1992, de récompenser des écrivains ayant traité des thèmes relatifs à l’Aquitaine ou originaires de l’Aquitaine.
Le Prix François Mauriac, dans sa nouvelle version, est délibérément différent : organisé en partenariat avec le Centre François Mauriac de Malagar et le Centre régional des Lettres d’Aquitaine, il a une vocation nationale et est décerné à un écrivain de langue française dont l’œuvre, quel que soit son genre - roman, poésie, théâtre, essai, journalisme -, évoque la société actuelle et l’engagement de l’auteur dans son siècle.

L’attribution du Prix est décidé collégialement par un jury renouvelé chaque année, constitué de personnalités de différents horizons - littérature, médias, universitaire, politique… La liste des ouvrages en compétition est collectivement définie par les membres du jury qui se réunissent en deux sessions pour les examiner.

Le Prix littéraire François Mauriac est doté d’un montant de 8 000 euros.

Les lauréats depuis 2002 :

 Jean-Pierre Milovanoff , lauréat 2011 pour "Terreur grande"

Né à Nîmes, en juillet 1940, d’un père russe exilé en France en 1919, et d’une mère originaire de Provence, Jean-Pierre Milovanoff se définit ainsi : «  Il y a en moi le mélange du feu et de la forêt. Le pessimisme de la Méditerranée et la mélancolie de la steppe. », extrait de son ouvrage biographique Russe blanc (Julliard, 1995). Il suit des études de lettres à Montpellier et à la Sorbonne. De1967 à1969, il enseigne en Tunisie, puis à Copenhague de 1971 à 1975, où il est chargé de cours de littérature française. À son retour en France, il abandonne l’enseignement, et produit alors de nombreuses séries radiophoniques pour Les Nuits magnétiques de France Culture, de 1978 à 1993. Son premier roman, La fête interrompue, où il déploie et manipule un langage envoûtant et mélodieux, est publié en 1970 aux éditions de Minuit. Jean-Pierre Milovanoff a depuis publié quatorze romans : aux éditions Julliard, La splendeur d’Antonia en 1996, Prix Delteil et Prix France Culture en 1997, Le maître des paons en 1997, Prix Goncourt des lycéens et Prix Jean Giono la même année, puis chez Grasset, L’offrande sauvage en 1999, Prix des Libraires et Prix Marguerite Puhl-Demange 2000, La mélancolie des innocents en 2002, Prix France Télévisions la même année…
Homme de plume et d’encre, touche-à-tout, n’aimant ni les genres, ni leur classification, il écrit tout aussi bien de la poésie : Borgo Babylone (Unes), Noir devant (Seghers), du théâtre : Le sortilège, Joséfa et son protégé, Cinquante mille nuits d’amour, Ange des peupliers (Julliard), des ouvrages pour les enfants : La carpe de tante Gobert, Les sifflets de monsieur Babouch (Actes Sud), et dessine.

Dans Terreur grande, l’auteur évoque la fuite du capitaine Anton Semionovitch Vassiliev, un des chefs du NKVD d’Ukraine, soudain devenu le bouc-émissaire de son chef, le commandant Gromov, auquel Moscou reproche ses « mauvais résultats ». Un soir, Anton Vassiliev part vers l’Ouest, accompagné de sa mère Anna et de son amant Mikhaïl Kouztine. Avec Terreur grande, Jean-Pierre Milovanoff revient sur ses attaches russes, mêlant le destin de ceux qui ont pris le risque de l’exil et la tragédie de million d’hommes, broyés par l’Histoire. Cette vague de terreur que décida Staline et qu’organisa Nicolaï Iejov, dura seize mois, d’août 1937 à décembre 1938. On se croit à l’abri, on cherche à s’échapper. Les illusions et les trahisons se multiplient.
Quand tout vacille, quand tout est laid et tout meurt, quand tout est à fuir, à oublier peut-être, que reste-t-il du souffle russe ou de la poésie française ? De la confiance ? De l’horizon ? Que reste-t-il même de la fuite ?

 Lionel Duroy, lauréat 2010 pour "Le Chagrin"

Le Chagrin Lionel Duroy est né à Bizerte (Tunisie) en 1949. Issu d’une famille d’origine noble, désargentée et conservatrice, Lionel Duroy, qui est le quatrième de dix enfants, est fortement marqué par son enfance et son histoire familiale. Longtemps journaliste à Libération et à L’Événement du jeudi, Lionel Duroy a aussi aidé de nombreuses célébrités à rédiger leur biographie.
Il est auteur d’une dizaine de romans :
Priez pour nous, Bernard Barrault Éditions, 1990
Je voudrais descendre, Éditions du Seuil, 1993
Comme des héros, Éditions Fayard, 1996
Mon premier jour de bonheur, Éditions Julliard, 1996
Des hommes éblouissants, Éditions Julliard, 1997
Un jour je te tuerai, Éditions Julliard, 1999
Trois couples en quête d’orages, Éditions Julliard,2000
Méfiez-vous des écrivains, Éditions Julliard, 2002
Le cahier de Turin, Éditions Julliard, 2003
Écrire, Éditions Julliard, 2005

Le Chagrin, paru aux Éditions Julliard, a également obtenu le Grand Prix Marie Claire du roman d’émotion 2010 et le Prix Marcel Pagnol 2010.

Au départ, c’est un couple amoureux qui convole durant l’Occupation. Le mari est issu de la noblesse désargentée ; d’une grande beauté, l’épouse aspire à une vie mondaine digne de sa récente particule. En catholiques zélés, ils donnent naissance à onze enfants, tandis que toute la maisonnée mène aveuglément un train de vie de grands bourgeois. Prêt à se lancer dans les entreprises les plus hasardeuses pour satisfaire les exigences de sa bien-aimée, le père accumule en secret des dettes exorbitantes. La chute n’en est que plus rude.
Expulsion des beaux quartiers, humiliation sociale… toute la tribu est relogée dans une cité lugubre où ne tiennent aucun des meubles fabriqués sur mesure pour le bel appartement de Neuilly. La paix du ménage se fissure, tout comme l’équilibre psychologique de la mère. Commence une longue série de galères - de magouilles paternelles en crises de nerfs maternelles. Le narrateur, l’un des enfants, est le témoin épouvanté des calamités qui s’amoncellent au-dessus du foyer familial. Un chagrin qui pèsera sur ses épaules durant toute son existence.
De 1940 à nos jours, la société française connaîtra elle aussi de grands bouleversements. Mais jamais cette famille ne sera du bon côté des événements politiques. Défenseur de Pétain sous l’Occupation, opposé de nouveau à de Gaulle lorsqu’il « abandonne » les Français d’Algérie, et pestant contre ces « gauchistes » qui, en 68, incendient Paris du haut de leurs barricades, le père est toujours à contre-courant des grands mouvements libérateurs. Il faudra plusieurs décennies au narrateur pour se défaire de l’héritage culturel familial, et parvenir enfin à se forger ses propres convictions.
Comprendre d’où l’on vient pour parvenir à s’émanciper de son passé, telle est l’entreprise du Chagrin. Lionel Duroy s’est inspiré de son propre parcours pour écrire ce magistral roman d’initiation.
Loin de montrer la face glorieuse de son existence, c’est au contraire avec un courage et une sincérité déchirants que Lionel Duroy décrit ce que tant d’autres familles taisent sur leurs origines honteuses ou inavouables. Selon une conception cyclique du temps chère à Marcel Proust, Lionel Duroy démontre que les mêmes épisodes traumatiques ne cessent de se rejouer dans notre vie présente, sous d’autres déguisements. Et souligne, avec mélancolie, la manière dont l’enfance continue à nous hanter des décennies plus tard.

 Dominique Fernandez, lauréat 2009 pour "Ramon"

Ramon de Dominique Fernandez Ramon Fernandez a été une des figures les plus marquantes de la vie intellectuelle française entre les deux guerres mondiales. Critique littéraire, écrivain, romancier, entretenant des relations d’amitié avec tous les grands noms de la littérature, de Gide à Bernanos et de Valéry à Saint-Exupéry et Drieu La Rochelle, il a profondément marqué de son empreinte la Nouvelle Revue Française.
Dans le courant des années trente, il a choisi l’engagement politique du côté de l’extrême-droite.)
Mort d’une embolie le 2 août 1944 à 50 ans, il a échappé à l’épuration qui n’aurait pas manqué de sanctionner cet engagement.

C’est à ce père si controversé que Dominique Fernandez consacre un livre douloureux et passionnant qui est à la fois un brillant tableau de la vie littéraire de la France entre les années 20 et la Libération, et une histoire intime : celle d’un fils dont la vie a été fortement marquée par la présence-absence de ce père coupable et admirable. Le fils juge le père, en ne lui passant rien de ce qu’il peut avoir à lui reprocher, mais en cherchant, sinon à justifier, du moins à expliquer sa dérive et ses aberrations.
Puisant dans les riches archives familiales, Dominique Fernandez reconstitue l’histoire d’une destinée hors normes, d’une famille complexe aux origines mêlées de sang mexicain et français.

Dominique Fernandez est né à Neuilly-sur-Seine en 1929.
Il partage son temps entre son travail d’enseignant, l’écriture de ses livres et la rédaction de ses articles pour la Quinzaine littéraire, L’Express ou le Nouvel Observateur. Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages, célébrés par la critique et plébiscités par le public, il est l’initiateur de la « psychobiographie ».
Il reçoit le Prix Médicis en 1974, pour Porporino ou les Mystères de Naples, ce roman qui met en scène, un castrat napolitain au XVIIIe siècle, offre une pluralité de lectures, historique, idéologique et freudienne. En 1982, son roman fondé sur la vie de Pasolini, Dans la main de l’ange, est couronné du Prix Goncourt.
En 2007, il est élu à l’Académie française au fauteuil de Jean Bernard.

Les années d'Annie Ernaux

 Annie Ernaux, lauréat 2008 pour "Les années"

Annie Ernaux, née à Lillebonne le 1er septembre 1940. Elle est née dans un milieu social plutôt modeste : ses parents étaient d’abord ouvriers, ensuite petits commerçants. Contrairement à ses parents, Annie Ernaux est passionnée de littérature et d’écriture. Elle a fait ses études à l’université de Rouen. Elle est successivement devenue institutrice, professeure certifiée puis agrégée de lettres modernes. Elle a enseigné au début des années 70 au collège d’Evire à Annecy. En 1984, elle a obtenu le prix Renaudot pour l’un de ses ouvrages à caractère autobiographique - la Place - paru aux éditions Gallimard.

Très tôt dans sa carrière littéraire, Annie Ernaux a renoncé à la fiction pour revenir inlassablement au matériau autobiographique constitué par son enfance. À la croisée de l’Histoire et de son expérience individuelle, utilisant un style dépouillé de toute fioriture stylistique, Annie Ernaux semble écrire non pour se singulariser, mais pour exprimer son émoi intérieur qui tend vers l’universel, comme le souligne dans son œuvre : le paradoxe qui règne entre ses origines et ses amours littéraires (La Place, éd. Gallimard), ses relations passionnées et complexes avec les hommes et l’amour en général (L’Occupation, éd. Gallimard), la maladie d’Alzheimer (Je ne suis pas sortie de ma nuit, éd. Gallimard), l’avortement illégal d’avant la loi Veil dans son roman L’Evénement, éd. Gallimard.

« J’importe dans la littérature quelque chose de dur, de lourd, de violent même, lié aux conditions de vie, à la langue du monde qui a été complètement le mien jusqu’à dix-huit ans, un monde ouvrier et paysan. Toujours quelque chose de réel. J’ai l’impression que l’écriture est ce que je peux faire de mieux, dans mon cas, dans ma situation de transfuge, comme acte politique et comme " don " », confit-elle à Frédéric-Yves Jeannet dans L’Écriture comme un couteau, publié chez Stock.

Si l’autobiographie est considérée comme le parent pauvre de la littérature, Annie Ernaux a su lui redonner ses lettres de noblesse.

La maison du retour

 Jean-Paul Kauffmann, lauréat 2007 pour "La maison du retour"

Au retour de ses trois années de captivité au Liban, Jean-Paul Kauffmann découvre Les Tilleuls, une maison dans la forêt au cœur de la Haute Lande. Alors qu’il décide d’acheter cette propriété pour dissiper le souvenir d’un enfermement, l’ex-otage va créer avec cette demeure un étrange lien de dépendance dû en large part à ce qu’elle symbolise dans sa vie retrouvée. Dans une fusion totale, presque païenne, avec la nature dont il a tant été privé, le narrateur campe au milieu des travaux, se délectant de cette atmosphère transitoire propre à la convalescence. Défilent une galerie de personnages : deux ouvriers discrets et énigmatiques, l’indéfinissable agent immobilier, un architecte pressé, les voisins qui émettent des jugements…

Dans un court épilogue situé en 2004, l’auteur nous dit ce qu’est devenue la maison de la résurrection tout en tentant de répondre à la question subsidiaire : la maison l’a-t-elle guéri ?

Dix-huit ans après, à travers l’histoire des Tilleuls, Jean-Paul Kauffmann peut enfin revenir sur sa captivité. Jamais complaisant ou victimaire, c’est au contraire un joyeux témoignage sur son amour de la vie, sur son optimisme qui a résisté à toutes les épreuves.

Jean-Paul Kauffmann est né en 1944. Journaliste au Matin de Paris dès 1977, puis grand reporter à L’Evénement du Jeudi, il est enlevé à Beyrouth avec Michel Seurat le 22 mai 1985 au Liban. Il a été libéré le 4 mai 1988.

Écrivain, il a publié L’Arche des Kerguelen, chez Flammarion en 1993, puis La Chambre noire de Longwood, aux éditions de La Table Ronde en 1997, pour lequel il a reçu le Prix Fémina dans la catégorie essai, le Prix Roger Nimier, le Grand Prix Lire-RTL, le Prix Jules Verne et le Prix Joseph Kessel. Il fait paraître ensuite La Lutte avec L’Ange en 2002 et 31, allées Damour - Raymond Guérin 1905-1955, en 2004, tous deux aux éditions de La Table ronde.

Tous ces ouvrages ont pour thématique commune : l’enfermement.

 Jean Echenoz, lauréat 2006 pour "Ravel"

Le roman "Ravel" retrace de manière détaillée et soigneuse les dix dernières années de la vie du compositeur français Maurice Ravel (1875-1937). C’est avec finesse et humour que Jean Echenoz a su très justement composer cette « fiction biographique », mêlant les repères intimes relatifs à la vie du compositeur comme :« sa petite maison compliquée » de Montfort-l’Amaury, « Le Populaire son organe de presse habituel », « partir longuement chaque année au Pays basque, à Saint-Jean-de-Luz près de Ciboure où il est né », les rencontres avec Conrad, Chaplin ou Gershwin, à la fantaisie de son interprétation et de son écriture.
Jean Echenoz est né à Orange en 1947, après des études de sociologie et de génie civil, il collabore épisodiquement à L’Humanité et se lance dans l’écriture. Sa vocation d’écrivain lui est apparue dans son enfance, après avoir lu Ubu Roi.
Jean Echenoz publie son premier livre en 1979 : Le Méridien de Greenwich. Ses romans remportent par la suite de nombreux prix littéraires : le Prix Médicis pour Cherokee en 1983, le Prix Novembre en 1995 pour Les Grandes Blondes et le Goncourt, en 1999, pour Je m’en vais.
En 2001, il publie Jérôme Lindon en hommage à son éditeur disparu et, deux ans plus tard, c’est Au piano qui se retrouve dans les librairies. Son style ironique et sa vision du monde continuent de passionner ses lecteurs. Ravel, son roman publié en 2006 vient confirmer son statut de grand écrivain français.

  Pierre Daix, lauréat 2005 pour "Bréviaire pour Mathausen"

Mauthausen, créé comme camp de concentration pour « irrécupérables » dès l’annexion de l’Autriche par Hitler, servit d’abord à exterminer des Tsiganes, des Juifs, des antifascistes autrichiens. Les nazis y envoyèrent fin 1939 des milliers d’officiers polonais ; après la défaite de la France, autant de républicains espagnols, encore plus de prisonniers soviétiques, des résistants tchécoslovaques, enfin de grands convois de Français en 1943 et surtout 1944. À partir de 1943, Mauthausen travaillant pour l’industrie de guerre, ses kommandos s’étendirent sur toute l’Autriche jusqu’en Croatie. En six ans, on y dénombra plus de 150 000 morts.
Arrivé en mars 1944, Pierre Daix connut d’abord la célèbre carrière du camp, puis, parlant allemand, entra dans l’administration et l’organisation de résistance dont il retrace ici le développement et rend hommage à ses créateurs, les Espagnols, dont il avait rassemblé les témoignages dans Triangle bleu en 1969. Il la montre aux prises avec les drames de la fin du camp : l’arrivée des évacués d’Auschwitz, l’évasion collective des Soviétiques du sinistre « block 20 », pour en venir au chaos d’une libération impréparée par les Alliés qui coûta des centaines de morts en trop. Il confie à l’Europe le soin d’en tirer les leçons.
Né en 1922 à Ivry sur Seine, il suit des études d’histoire et géographie interrompues par sa participation aux premières manifestations étudiantes contre l’occupation nazie et une arrestation à l’automne 1940. Il participe aux groupes armés de l’Organisation spéciale en 1941. Pierre Daix s’est engagé en même temps dans les rangs du Parti communiste français et dans ceux de la Résistance. Il a été déporté en mars 1944 à Mauthausen, après un séjour à la Santé sous la coupe de la Gestapo, aux prisons de Fresnes, de Clairvaux, de Blois et au camp de Royal-Lieu, près de Compiègne.
Directeur de Ce soir de 1950 à 1953, il est rédacteur en chef des Lettres françaises de 1948 à 1972 et collabore au Quotidien de Paris de 1980 à 1994 et au Figaro jusqu’en 2004.

 Régis Debray, lauréat 2004 pour "Le siècle et la règle"

Après de multiples et cinglantes remises en cause des trois pouvoirs selon Montesquieu - hier ce fut le tour du judiciaire après que les "affaires" eurent déstabilisé à tour de rôle les responsables de l’exécutif et nombre de législateurs -, on a assité voici peu à une critique sans précédent d’une institution, la presse, baptisée un peu vite "quatrième pouvoir" alors que le contre-pouvoir dont elle pare et justifie son existence, voire ses excès, ne relève pas essentiellement de l’orgre juridique : il s’agit en effet, pour elle, de dire la vérité ou de faire croire qu’elle en est le support, ce qui tendrait plutôt à la revêtir des habits et ornements d’un clergé.
Avec l’Edit de Caracalla, Régis Debray avait inveté un genre : l’essai-fiction, consistant à dédoubler sa réflexion, ou à la prêter à un personnage comme chez Voltaire, ou encore à réfléchir à deux voix comme dans les dialogues des philosophes grecs d’autrefois. Il renouvelle ici l’expérience dans une correspondance où sont évoquées et analysées les récentes vicissitudes de l’information écritre, sur un ton et avec une acuité qui ne sauraient laisser indifférents un public concerné.
Quatrième de courture de "Le siècle et la règle", éditions Fayard. Philosophe et médiologue, cet intellectuel particulièrement engagé en Amérique latine jusqu’à son retour en France en 1973, a également exercé des fonctions dans les hautes sphères de l’Etat. Le nombre des ouvrages qu’il a publiés est considérable. Il se consacre aujourd’hui en grande partie à l’étude des religions et à la médiologie dont le but est l’élucidation des mystères et paradoxes de la transmission culturelle.
Sa biographie et bibliographie sont accessibles sur son site Internet http://adperso.phpnet.org

  Jean-Marie Rouart, lauréat 2003 pour "Adieu à la France qui s’en va"

Dans ce livre où se mèle histoire, littérature et politique, Jean-Marie Rouart décline, à la première personne, sa vision de la France, sentimentale et nostalgique, militante et désenchantée. De son aveu même, "un jeu de miroirs avec la mémoire" où l’on trouve Jeanne d’Arc et Romain Gary, l’aventure coloniale et la Résistance, l’affaire Dreyfus et le martyre des moines de Tibhirine, Vichy et Valmy, Stendhal et de Gaulle, Drieu La Rochelle et Chateaubriand…
Qu’il évoque le souvenir de ces innocents, notables ou non, broyés par la machine judiciaire, qu’il convie à son panthéon personnel les héros d’un autre temps qui par leur engagement, leur patriotisme, leur amour d’une certaine idée de la France, dans son aptitude à l’universel, Jean-Marie Rouart ne se laisse pas enfermé dans une pensée passéiste mais invite à l’interrogation sur ces valeurs qui fondent et structurent la société française. Mais quelles sont ces valeurs impérissables ? Existent-elles ? Assiste-t-on à une France qui s’en va ? Vivons-nous dans une France qui demeure ou qui devient ?
Ce sont bien ces interrogations, cette manière de revisiter et de questionner notre France dans un contexte de globalisation et de communautarisation du rapport à l’autre, qui ont attiré l’attention des membres du jury. Au-delà du caractère parfois nostalgique du propos, ils ont également perçu la transcendance de l’Adieu par l’existence même du livre qui conduit au pays ouvert de la langue, de la poésie, des mots, au pays des gens libres. Le livre de Jean-Marie Rouart est publié par les éditions Grasset.
Jean-Marie Rouart est en ligne sur : http://www.jean-marierouart.com/

  Abdelwahab Meddeb, lauréat 2002 pour "La Maladie de l’Islam"

Né à Tunis en 1946, Abdelwahab Meddeb vit à Paris et écrit en français. Il a été conseiller littéraire aux Editions Sindbad de 1974 à 1988. Il dirige la revue Dédale et anime l’émission “Cultures d’islam” sur France-Culture. Il a publié : Talismano, Christian Bourgois, 1979. Phantasia, Sindbad,1986. Tombeau d’Ibn Arabi, Noël Blandin,1987. Les dits de Bistami, Fayard, 1989. La Gazelle et l’enfant, Actes Sud Papiers, 1992. Sohrawardi, Récit de l’exil oriental, Fata Morgana, 1992.
"La Maladie de l’islam" évoque les commandos suicides qui ont provoqué la catastrophe du World Trade Center de New York le 11 septembre 2001 relençant par là-même la question lancinante d’une violence intrinsèque présente dans l’islam, ou encore les clichés d’un confusion substantielle entre islam et politique. Qu’en est-il exactement ? Il y a effectivement une “maladie de l’islam”, répond A. Meddeb, mais elle ne réside pas dans un mal islamique en soi, dans un islam par essence violent et fermé à toute altérité. Il faut plutôt relire les racines de la maladie actuelle de l’islam - qui est avant tout un ressentiment - dans sa culture et son histoire complexes, dans la tension entre ses ouvertures - avec des réussites prodigieuses durant les premiers siècles - et ses fermetures ou ses rejets, mais aussi dans le sentiment très fort, et souvent justifié, que l’Occident “impérialiste” - et non “impérial”- manque à la justice et à la vérité avec les musulmans.Un livre qui ne parle pas de l’islam en termes de “nature”, mais de culture et de civilisation.
"La Maladie de l’islam", paru aux éditions du Seuil Collection “La Couleur des idées”- février 2002
Le jury du Prix 2002 était constitué de 14 personnalités du monde littéraire : écrivains, journalistes, historiens, universitaires… Il s’était réuni le 29 octobre 2002 à Paris et avait procédé au choix du lauréat, à partir d’une sélection de 13 ouvrages.

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Commentaire(s) : 2

Plier / Déplier Marie-Odile a écrit le 7 juin 2009 - Prix littéraire François Mauriac
Vraiment Pierre Michon mérite ce prix littéraire pour son livre Les Onze. J’espère que le Jury se souviendra de l’excellence de cette littérature qui magnifie notre langue française et rend hommage à notre intelligence.
Plier / Déplier Lili33 a écrit le 27 février 2009 - Suggestion pour le prix 2009

Alain Rousset, Président du Conseil régional

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