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Les énergies renouvelables, une filière d’avenir
Énergie solaire, hydroliennes, biocarburants, biomasse : portraits de chercheurs et d’entrepreneurs aquitains qui innovent dans cette filière industrielle aux débouchés prometteurs.
À la clé, des emplois et des entreprises compétitives.

Le solaire sort de l’ombre

Ciel. Alban Gilbert La valorisation du soleil ne se limite pas aux panneaux photovoltaïques. Le lot-et-garonnais Fonroche Énergie poursuit son développement en mettant au point un candélabre solaire. Le girondin BASE a opti­misé le panneau solaire en ajoutant une application thermique. L’énergie solaire peut être valorisée pour produire de l’électricité mais aussi de la chaleur. BASE à Saint-Jean-d’Illac (Gironde) a concilié les deux en mettant au point Cogen’air, un collecteur photovoltaïque thermique breveté : « En-dessous du panneau photovoltaïque est assemblé un échangeur thermique lui-même traversé par un flux d’air. L’échangeur récupère la chaleur produite par l’installation. Un seul panneau produit ainsi à la fois de l’électricité et de la chaleur » , explique Sébastien Ackermann, gérant de la société qui emploie sept salariés. Il assure augmenter de 10 à 20 % la production énergéti­que annuelle de l’installation grâce à la récupération de la chaleur. De plus, le procédé possède un rendement énergétique d’environ 65 %, soit quatre fois plus qu’un panneau photovoltaïque classique. Cogen’air comporte un autre avantage. Une seule installation répond à deux fonctions avec un impact visuel moindre. Mis au point et testé, le procédé va être commercialisé d’ici à septembre 2012.

Des économies de chauffage entre 500 et 1 000 euros

Montage de panneaux photovoltaiques. Photo Alban Gilbert Selon le gérant, le projet a plus que jamais un sens dans le contexte réglementaire difficile : « Grâce à l’augmentation de la production énergéti­que, on rentabilise plus rapidement l’investissement. Nous estimons les économies de chauffage réalisées sur une résidence principale entre 500 et 1 000 euros chaque année » , ajoute le gérant de BASE. Aboutissement de cinq années de recherche, le produit représente un surcoût de 25 à 40 % par rapport à une installation photovoltaïque classique. Mais conçu pour durer vingt ans, il sera vite amorti.

La gamme Illumin de candélabres solaires autonomes, créée par le leader aquitain de l’énergie solaire, Fonroche Énergie à Roquefort (Lot-et-Garonne), est un autre exemple de développement. « L’idée nous est venue dans le cadre de notre implantation en Afrique où nous avons constaté que la revente au réseau électrique n’a pas de raison d’être. Dans ces pays, il vaut mieux privilégier les dispositifs autonomes de stockage d’énergie. Partant de leur besoin en lumière, nous avons réfléchi à un candélabre » , raconte Emmanuel Salord, direc­teur de la branche Environnement urbain de Fonroche, née fin 2011. Le produit, d’une durée de vie de dix ans, comporte cinq éléments : le module photovoltaïque, une batterie, un bloc puissant d’éclairage et économique, grâce au choix de la technologie du led, un mât dimensionné aux normes du vent, de l’électronique pour gérer l’ensemble. L’objectif est de pouvoir programmer l’ensemble et de le rendre « auto-adaptatif ». En clair, le candélabre est capable de réguler son intensité. « Des zones d’ombre à éclairer existent un peu partout en France : les rond-points, les bouts de lotissement, les hameaux entre deux villages… » , conclut Emmanuel Salord.

> Plus d’infos sur : www.sellande.com et sur http://www.fonroche.fr

Des hydroliennes à l’essai

Bordeaux va accueillir un site d’essais des hydroliennes fluviales. Le bureau d’études Énergie de la Lune est chargé de faire le suivi d’impact et de performance des machines dans le cadre du projet Seeneoh.

frédéric Mourier et Marc Lafosse de la société Energie de la lune. Photo Laurent Theillet Dans la mer, les vents, la houle, la température, les vagues, le gradient de salinité, les marées, peuvent être valorisables en énergie. Pour vérifier ce potentiel, le conseil régional d’Aquitaine a lancé fin novembre une étude sur sa façade maritime, y compris sur l’estuaire de la Gironde. Menée en partenariat avec le GIP Littoral aquitain, elle a pour but d’identifier les gisements d’énergie marine. Il s’agit aussi de définir des zones susceptibles de recevoir telles ou telles technologies au vu des contraintes et servitudes. Fin juin, le cabinet Artelia, mandaté par la Région, doit rendre sa copie. En parallèle, des projets concrets voient le jour. Début 2013, Hydrotube, la société bordelaise spécialisée dans les énergies renouvelables de l’ancien navigateur de bateau à voile Franck Jouanny, va mettre à l’eau dans l’estuaire de la Gironde un prototype d’hydrolienne. « D’après les calculs de nos ordinateurs, elle peut produire entre 40 et 60 kW instantanée. On espère un retour sur investissement de moins de cinq ans » , déclare Franck Jouanny. Avec les 104 000 euros d’aide du conseil régional, il termine la fabrication du prototype et espère pouvoir le tester sur le site d’essais créé dans le cadre du projet Seeneoh (Site expérimental estuarien national pour l’essai et l’optimisation d’hydrolienne). « Il manque un lien entre les laboratoires de recherche et la commercialisation. Il manque notamment des sites d’essais pour tester chacune des cinq énergies marines. Si Paimpol en Bretagne est retenu pour tester les hydroliennes océaniques, Bordeaux l’est pour les hydroliennes fluviales ou estuariennes. Plus petites, elles font 5 mètres de diamètre et produisent jusqu’à 100 kW » , raconte Marc Lafosse, gérant du bureau d’études bordelais Énergie de la Lune.

40 000 emplois d’ici à 2020

Avec le conseil régional d’Aquitaine, l’océanographe fait partie des 57 acteurs publics et privés qui œuvrent au sein de l’association France énergies marines pour créer une filière industrielle de l’énergie marine en France avec à la clé 40 000 emplois d’ici à 2020. Dans ce cadre, il est chargé de faire le suivi d’impact et de performance des hydroliennes pour le compte de clients dans le cadre de Seeneoh. À ce jour, Hydroquest à Grenoble (Isère) est partant : « Il veut une connaissance de l’impact acoustique et sur la faune de la machine » , précise Marc Lafosse. Les premiers tests doivent commen­cer en octobre 2012. Pour l’heure, le site est en phase de construction. Le câblage, le poste de livraison, le système de fixation de l’hydrolienne au fond de la Garonne, l’instrumentation et le bateau de service représentent un budget de 2 M€, porté à 50 % par des fonds publics « investissements d’avenir » au titre des instituts d’excellence pour des énergies décarbonées (IEED). Elle a aujourd’hui une légitimité nationale. Reste à traduire en projets concrets cette réalité.

> Plus d’infos sur : http://www.hydrotube-energie.com

Biocarburants : du nouveau dans les moteurs

L’Aquitaine pourrait devenir un acteur majeur en matière de biocarburants nouvelle génération. Recherche, innovation, entreprises : des acteurs se réunissent pour créer une dynamique industrielle. L’aéronautique pourrait bien constituer une planche d’appel.

Les biocarburants, et la chimie végétale de manière générale, doivent devenir un axe de développement. La Région veut porter un regard tout particulier sur ces filières et voir quels sont les procédés qu’on peut développer en Aquitaine. La réflexion implique des entreprises de production de biocarburant, des utilisateurs potentiels, mais aussi des instituts de recherche. L’Institut technique d’études et de recherches sur les corps gras (Iterg) à Pessac, en Gironde, qui travaille en lien et au service de l’interprofession des oléagineux, est un de ses acteurs.

Des biocarburants aux « algocarburants »

L’enjeu consiste à diversifier les matières premières et les ressources pour fabriquer des biocarburants. À ce jour, deux filières fonctionnent : le diester, produit à partir d’huiles de tournesol et de colza, et l’éthanol, produit à partir de la macération de la canne à sucre et de la betterave. Problème : la production des biocarburants utilise essentiellement des végétaux servant à l’alimentation humaine. Pour le résoudre, un biocarburant nouvelle génération est aujourd’hui en gestation, grâce aux progrès de la chimie. Il pourrait être produit, entre autres, à partir des micro-algues. Celles-ci ont en effet la capacité de sécréter des lipides qui sont valorisables pour constituer un biocarburant

Maturité industrielle : un long processus

L’une des meilleures façons d’innover sur un produit est d’en diversifier les usages. Actuellement, les biocarburants sont destinés majoritairement au secteur automobile, mais leur avenir pourrait se trouver dans le ciel : plusieurs acteurs industriels en Aquitaine réfléchissent à un biocarburant qui serait utilisé pour alimenter les moteurs d’aéronefs. C’est le cas de Turbomeca, concepteur de moteurs d’hélicoptères basé à Bordes (Pyrénées-Atlantiques) et à Tarnos (Landes) : son département de recherche et développement travaille à l’élaboration de turbines fonctionnant avec des carburants alternatifs.

Du côté de Libourne, en Gironde, la PME innovante Fermentalg cultive des micro-algues en les nourrissant dans le noir avec du sucre. Résultat : une production à haut rendement de lipides servant notamment à la fabrication de biodiesel. Il faudra de la recher­che et des investissements sup­plémen­taires pour qu’un tel procédé de culture atteigne une échelle industrielle. Le travail en tandem avec les acteurs de l’aéronautique va permettre, en tout cas, d’accélérer la maturation de ces nouveaux biocarburants.

> Plus d’infos sur : www.fermentalg.fr http://www.iterg.fr - www.turbomeca.com

Le lycée agricole de Périgueux chauffé par son biogaz

Cet article a été rédigé par des lycéens périgourdins ayant participé à l’atelier de journalisme « Les Éco-Reporters en Aquitaine ». Une initiative soutenue par le conseil régional dans le cadre de l’Agenda 21 des lycées.

La méthanisation à la ferme, Guide Ademe 2011

La méthanisation est un processus naturel qui permet de transformer les déchets organiques en biogaz. On peut ensuite en faire du biocarburant. Ou le valoriser en électricité et en eau chaude ! Ce sera le cas avec le futur méthaniseur du domaine de La Peyrouse, qui commencera à « ruminer » au printemps 2012. Corinne Reulet, directrice de l’EPLEFPA Périgord, Christian Chauveau, technicien agricole, et François Héraut, chef d’exploitation, nous dévoilent ce projet à la fois économique et environnemental.

Comment fonctionne ce méthaniseur ?

Christian Chauveau. Un peu comme l’appareil digestif d’une vache… Les déchets verts, le lisier et le fumier sont déposés dans une pré-fosse qui recevra 4 tonnes de matières brutes par jour ! Une autre dite « SPA » recueille les déchets de la cantine et de l’exploitation (graisses, viscères, déchets de couvoir…). Ces deux pré-fosses sont reliées à une fosse principale de 370 m3 : le digesteur. C’est là que tout se fait, en conditions anaérobies. Cette enceinte hermétique est main­tenue à 40 ° C et la fermentation des déchets produit naturellement du métha­ne. Ce gaz alimente un cogénérateur de 50 kW qui par combustion produit de l’électricité (via une turbine) et de l’eau chaude.

Quelles seront les retombées financières ?

François Hérault. L’électricité sera vendue 0,196 €/kW à EDF, soit maximum 75 460 €/an (production théorique 385 000 kW). S’y ajouteront les frais d’enlèvement de déchets (maxi. 5 000 €) facturés aux clients du méthaniseur et la vente d’eau chaude au CG (maxi. 4 000 €) pour chauffer ses serres. En interne, cette eau chaude alimentera les ballons de l’exploitation et du gymnase.

Sur combien d’années s’amortira l’installation ?

Le coût total est de 935 380 € HT, financé par l’État (27 %), le conseil régional d’Aquitaine (19 %), l’Ademe (14 %) et l’EPLEFPA (40 %). Mais il y a aussi les frais de fonctionnement (12 000 €/an), de maintenance (7 000 €/an) et d’assurances (3 500 €/an). Avec les frais bancaires de l’emprunt, c’est une opération blanche sur sept ans (recettes = dépenses).

Un investissement important !

À tous points de vue. Un méthaniseur est une technologie vertueuse, mais particuliè­rement complexe, et à la surveillance quotidienne. Notre installation sera la deu­xième de France en lycée agricole, mais la première à disposer d’un hygié­niseur et donc à pouvoir valoriser les déchets carnés (et a fortiori alimentaires). Une plus-value mais aussi un surcoût de 160 000 € ! Plus globalement, notre coût de revient au kW installé est 2,5 fois plus cher que dans une grande installation. Heureusement, on a aussi investi en 2011 dans le photovoltaïque, bien moins exigeant et plus rémunérateur. En globalisant méthane et solaire sur le même poste analytique de production d’énergies, les sept premières années seront plus « respirables ».

Et dans sept ans ?

On devra peut-être renouveler des machines, mais on commencera à récolter les fruits de notre investissement… et à alléger la facture d’électricité de La Peyrouse ! soit 56 000 € annuels (exploitation, scolaires, apprentis…) qui seront compensés par les 57 500 € de bénéfices théoriques du méthaniseur.

Vous comparez le méthaniseur à une vache, la pollution en moins ?

Contrairement à la vache, le méthaniseur ne rejette pas de méthane (gaz à effet de serre) : il le brûle ! Quant au soufre produit, il est capté et traité. Enfin, la combustion du CH4 ne dégage que de la vapeur d’eau et une faible quantité de CO2. Et il y a aussi une deuxième valorisation puisque ce qui reste de la méthanisation (liquide inodore) fertilisera des terres agricoles : un engrais naturel plus fertile que le lisier car riche en potasse et en azote !

Quelles sont les conséquences sur votre travail ?

Corinne Reulet. En tant que technicien agricole à l’exploitation des palmipèdes, j’ai appris un nouveau métier que j’exerce­rai à mi-temps. Avec M. Héraut, nous avons visité des installations en Allema­gne, la patrie des méthaniseurs (plus de 5 000 alimentés en plantes énergétiques-maïs), ainsi que le premier méthaniseur français en lycée agricole (Chambéry). Et nous continuons d’apprendre au contact des responsables du méthaniseur de Coulaures, situé à 30 km. Notamment pour la mise au point de la « recette » (proportion déchets verts/carnés, acidité, etc.) pour une fermentation « aux petits oignons » !

Vers la sobriété énergétique

Les Aquitains sont de plus en plus sensibles dans leur quotidien à leur impact environnemental, que ce soit pour leur logement ou leur mode de transport. Grâce à des innovations issues de la recherche, soutenue par la Région, le secteur du bâtiment a su s’adapter et se développer dans la construction durable pour devenir exemplaire.

Des logements moins énergivores

Avec plus de 40 % de part dans la consommation finale d’énergie en France, l’habitat est le secteur le plus énergivore. Il est aussi révélateur d’inégalités sociales devant l’énergie. Depuis 2007, en complément du Feder (Fonds européen de développement régional), le conseil régional a apporté son soutien financier à la rénovation énergétique de 4 300 logements sociaux et quel­que 900 bâtiments partout en Aquitaine.

Réhabilitation des logements sociaux

Parmi les opérations les plus récentes figure celle des Hauts-de-Bayonne, conduite par Habitat Sud Atlantique, un office public de l’habitat rattaché à la ville de Bayonne. Au beau milieu du quartier, la résidence Caradoc fait office de vaisseau-amiral de la réhabilitation énergétique : isolation par l’extérieur, chaudières à conden­­sation avec programmation individuelle, économiseurs d’eau… autant de travaux qui vont permettre de diviser par quatre la consommation d’énergie. Autre chantier exemplaire, celui de Génicart, un quartier de Lormont (Gironde) des années 1970, qui fait l’objet d’un vaste projet de rénovation porté par la municipalité et l’opérateur Domofrance. Au programme, réhabilitation et reconstruction de logements, création d’un écoquartier, chantier formation pour des jeunes et des adultes éloignés de l’emploi. Cet exemple souligne combien la question énergétique est aujourd’hui intrinsèquement liée au lien social et au devenir d’un territoire.

Un éco-chèque pour mieux isoler

Plus diffus que le parc social, le logement privé constitue un secteur décisif pour la diffusion des bonnes pratiques. L’amélioration de l’efficacité énergétique des maisons individuelles suppose en effet que les professionnels du bâtiment soient bien formés aux techniques d’isolation. À l’heure actuelle, de nombreux artisans hésitent à se lancer dans l’aventure, jugeant le marché de la rénovation thermique pas assez mûr. La Région Aquitaine entend donc contribuer à l’émergence d’un véritable réseau de professionnels, grâce notamment au projet d’éco-chèque logement : les particuliers désireux de procéder à des travaux d’amélioration énergétique de leur logement (isolation et ventilation) pourront bénéficier, sous certaines conditions, d’éco-chèques utilisables comme moyen de paiement auprès de professionnels du bâtiment affiliés. Ces derniers, pour être affiliés, devront justifier des­­­­ modules de formation FEE Bat (Formation aux économies d’énergie des entreprises et artisans du bâtiment). L’éco-chèque logement sera mis en place dans le courant de l’année.

> Plus d’info : http://leshautsdebayonne.fr
Lormont Génicart : http://domofrance.fr

La deuxième halte éco-durable de France est en Aquitaine

En matière d’énergie, la Région se mobilise. Portets, halte du Ter Aquitaine en Gironde, contribue à l’effort collectif en faveur de l’environnement. Après cinq mois de travaux, l’an dernier, et grâce au soutien financier de la Région et de la SNCF, qui a défini et conduit l’opération, cette halte est devenue éco-durable.

Halle Ter de Portets. Photo JP Bost Dans le cadre du plan de modernisation des gares et haltes TER en Aquitaine, la Région a affecté, ces huit dernières années, 22 M€à des travaux destinés à améliorer l’accueil et le confort des voyageurs, l’accessibilité aux trains et l’intermodalité, c’est-à-dire les échanges entre modes de déplacement. À Portets, le choix s’est porté sur la conception de deux abris voyageurs et d’un abri à vélos en matériaux recyclables – bois éco-certifié, verre, métal – alliant des qualités environnementales à un design élégant. Imaginée pour être « passive » (c’est-à-dire produire elle-même l’énergie dont elle a besoin), cette éco-halte a été équipée de panneaux photovoltaïques en nombre suffisant pour alimenter son éclairage une fois la nuit tombée. Ses différents éléments reposent sur des plots en bois afin de limiter son impact au sol et d’éviter l’usage d’une base en béton, à l’instar des maisons traditionnelles japonaises. Enfin, son principal abri voyageurs présente des parois vitrées sur trois côtés pour laisser passer le rayonnement solaire et un toit végétalisé pour apporter de la fraîcheur en été. Au-delà de ses caractéristiques vertueuses sur le plan écologique, la construction s’avère accueillante et chaleureuse pour la centaine de voyageurs qui l’utilisent quotidiennement, certains profitant de l’abri à vélos sécurisé pour garer leur bicyclette le matin et garder l’esprit tranquille toute la journée avant de la récupérer le soir.

Paroles d’aquitains

Alice, 26 ans, secrétaire à Bordeaux :

Alioce. Photo JP Bost « Cela valait la peine de subir quelques mois de travaux l’an dernier ! Pour moi qui utilise cette halte tous les jours, c’est devenu beaucoup plus agréable d’attendre le train. Le cadre est moderne mais chaleureux. C’est lumineux, on ne se sent pas enfermé, même quand on doit s’abriter parce qu’il pleut. Et j’apprécie les détails écolos comme la conception en bois et la poubelle qui permet le tri sélectif. »

Mathieu, 19 ans, étudiant à Bordeaux :

Mathieu. Photo JP Bost « Pour moi qui étudie le design, cette nouvelle halte s’est avérée une belle surprise. J’aime beaucoup le mélange entre le bois, écologique, et le métal, qui évoque le design des trains. Les couleurs, gris et rouge foncé, s’accordent bien, il n’y a pas de matériaux inutiles, pas de surplus, juste l’essentiel, et un jeu de lumière intéressant rendu possible par les parois en verre. C’est vraiment réussi ! »

En savoir +

Jean-Georges Micol, directeur d’Aquitaine développement Innovation «  Améliorer la performance de la technologie et soutenir les filières industrielles  »

Avec une cinquantaine de personnes aux compétences sectorielles et transversales, l’agence Aquitaine Développement Innovation aide à conforter les filières, dont celles liées aux énergies nouvelles et à la construction bois.

Aquitaine Développement Innovation est née de la fusion entre l’Agence de développement industriel 2ADI et Innovalis Aquitaine. En quoi consiste son travail ?

J.-G. M. L’agence fonctionne comme un centre de ressources au service des entreprises, grandes et petites, des filières et des territoires d’Aquitaine. Côté entreprises, nous les accompagnons sur des projets à dominante technologique, organisationnelle ou encore en matière de design ou d’ingénierie financière. Un exemple récent avec la société Laboratoires Nutrition & Cardiométabolisme (LNC) à Bordeaux, où le département compétitivité et financements de l’agence a contribué à une levée de fonds de 3,5 millions d’euros, grâce à la mise en relation avec quatre investisseurs, dont Seventeen Partner. Par ailleurs, nous collaborons avec les territoires aquitains sur des projets structurants, ainsi qu’avec les pôles de compétitivité et les clusters aquitains. Le cluster Sysolia, spécialisé dans le photovoltaïque, et celui sur l’éolien, sont d’ailleurs abrités dans nos locaux et nous avons des relations avec le pôle Avenia.

Quelles sont vos priorités en matière de filières ?

J.-G. M. Nous les privilégions toutes. Sept départements ont été créés, dont celui consacré aux matériaux, à l’énergie, au bois, à l’environ- nement et à l’optique-laser, appelé Mebel. Le photon, qui correspond à l’énergie lumineuse, fait le lien entre le solaire et le laser. Le cluster Sysolia est ainsi adossé au pôle de compétitivité Route des lasers.

Quels sont les sujets sur lesquels travaille particulièrement le Mebel ?

J.-G. M. En matière de photovoltaïque, il s’agit d’améliorer la performance de la technologie et de soutenir des acteurs fragilisés par un marché français en recul conjoncturel. Dans l’éolien, nous accompagnons les entreprises sur des appels d’offres pour des appli­cations nouvelles, comme le dégivrage de pales d’éoliennes. Le stockage de l’énergie, dans le sous-sol notamment, ou la chimie du végétal, sont aussi des sujets. Les ressources régionales, y compris les algues, peuvent-elles contribuer à la production de biocarburants ? Dans le bois, enfin, nous avons commandé une étude pour déterminer les conditions du succès de la filière construction bois en Aquitaine.

> http://www.aquitaine-dev-innov.com/

Creahd : développer une filière BTP innovante

Le Creahd (1) est un organisme régional qui réunit les entreprises, les établissements d’enseignement supérieur et les organismes de recherche publics ou privés dans le domaine de l’aménagement et de la construction durable. La raison d’être de ce pôle est de minimiser les impacts environnementaux des activités de la filière BTP et des matériaux tout en garantissant un accroissement du système productif. Car la vocation première de cette structure est de développer la compétitivité et l’innovation des entreprises dans le domaine des processus constructifs, tout en combinant les compétences scientifiques et techniques présentes sur le territoire aquitain. Des travaux qui servent avant tout à développer des expertises technologiques et à structurer une offre compétitive sur un marché en pleine expansion où l’Aquitaine se situe à la deuxième place des régions française en termes de réalisation de bâtiments en Haute Qualité environnementale. À terme le CREAHD ambitionne de devenir le premier pôle européen pour l’aménagement et la construction durable. (1) Construction, ressources, environnement, aménagement et habitat durables. www.creahd.com

La formation au service du développement durable

Les économies d’énergie et le développement d’énergies alternatives ne peuvent être atteints qu’avec une bonne formation initiale et continue des professionnels du bâtiment. La Région a investi dans ces centres de formation.

Lycée Cantau : une plate-forme pour savoir isoler et ventiler

Les économies d’énergie et le développement d’énergies alternatives dans le bâtiment font partie des priorités issues du Grenelle de l’environnement. Cela passe par la formation, et donc les outils de formation. Coup de projecteur sur le projet aquitain Praxibat. Ce projet répond à la volonté d’adapter les outils de formation à l’évolution des métiers et aux besoins des entreprises. L’énergie la moins coûteuse est celle que l’on n’utilise pas ! Or, plus de la moitié des dépenses d’énergie en France proviennent du chauffage ou de la climatisation des bâtiments.

Le potentiel d’éco­nomies s’avère donc particulièrement important. Le Grenelle de l’environnement a donc fixé des exigences très ambitieuses en la matière, avec l’entrée en vigueur de nouvelles normes (RT 2012 et RT 2015). Cela néces­site en particulier d’obtenir un haut niveau de performances pour l’enveloppe des bâtiments, tout en assurant une bonne ventilation. Cet objectif ne peut être atteint qu’avec une bonne formation initiale et continue des professionnels. Forts de cette analyse, l’Ademe, en lien avec les bran­ches professionnelles (FFB, CAPEB…), et le conseil régional ont donc lancé le projet Praxibat, qui se traduit notamment par la construction ou l’aménagement, dans les territoires aquitains, de plateaux pédagogiques pouvant être utilisés par les différents établissements de formation : lycées professionnels, centres de formation des apprentis ou organismes de formation. Ceci permet une mutualisation entre les différentes voies de formations (scolaire, apprentissage, continue). Le projet de plate-forme « paroi opa­que et ventilation » du lycée Cantau d’Anglet en constitue une parfaite illustration. « Jusque-là, nous ne transmettions dans ce domaine que des savoirs livresques. Là nous allons avoir un équipement spécifique, sur près de 400 m2, avec les différents types de matériaux pouvant entrer en jeu, et qui permettront de montrer, avec des éclatés, comment est mise en place une isolation intérieure ou une isolation extérieure » , explique le responsable des enseignements technologiques du lycée Cantau, Jean-Baptiste Mortalena. « Avec des essais de souffleries d’air, nous pourrons mesurer concrètement les différences entre les parties bien traitées et les parties mal traitées. C’est un véritable plus grâce à une approche beaucoup plus pratique », confirme Jean-Marc Destrac, responsable pédagogique du CFA public Côte Basque, partie prenante du projet.

« Avec nos formations, aucun risque de chômage »

Le lycée de Chardeuil, à Coulaures, prépare notamment au bac pro TISEC, technicien en installation des systèmes énergétiques et climatiques. Grâce aux subventions du conseil régional, ses lycéens bénéficient d’installations pédagogiques pilotes pour le solaire, la construction bois et, bientôt, pour les chaufferies bois. Ces moyens techniques sont aussi au service des CFA ou des AFPA en phase avec les besoins des entreprises. Jean-Claude Teyssandier, 59 ans, chef des travaux au lycée professionnel, est un formateur heureux ! « Les programmes et les équipements dont nous disposons collent de près aux réalités et aux besoins des entreprises. La climatisation, le solaire, la construction bois, c’est très récent, et pourtant nous sommes déjà dedans » , se réjouit-il. Entré à Chardeuil en 1977, il analyse donc l’évolution sur trente-cinq années ! « Avec nos formations comme le bac pro TISEC, le taux d’emploi, c’est 100 % ! Il n’y a aucun risque de se retrouver au chômage dans cette filière, et les jeunes démarrent avec un SMIC + 25 % minimum et des évolutions de carrière intéressantes » , assure-t-il. Fort de sa compétence sur les lycées et la formation professionnelle, le conseil régional a beaucoup investi pour permettre cette mutation. « Nous atteignons la dernière phase de notre restructuration : l’internat, les bâtiments de la vie scolaire, l’administration, les salles de cours d’enseignements généraux et le restaurant scolaire ont été refaits. Nous entamons maintenant la refonte des ateliers qui va s’étaler sur deux ans » , détaille Jean-Claude Teyssandier. Parallèlement, la Région a déjà financé l’installation d’une plate-forme pour le solaire (60 000 euros en 2010) ou encore de machines pour le bac pro construction bois (68 000 euros en 2011).

Dans le cadre du projet Praxibat, une plate-forme pédagogique « chaufferie bois  » va être construite, avec une mise en service pour l’année scolaire 2013-2014. « Ces équipements, comme ceux pour les formations liées à la climatisation ou aux chaufferies fuel, peuvent aussi être utilisés par les CFA, l’Afpa, les Greta ou la formation d’artisans avec la Capeb et la FFB. Nous recrutons nos élèves sur toute l’Aquitaine » , souligne Jean-Claude Teyssandier, décidément enthousias­mé de cette « relation très forte entre le monde de la formation et celui de l’entreprise » .